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Il y a quelques temps, tu as célébré ton 10e anniversaire. C’était précisément le lendemain de la St- Valentin. En même temps, je célébrais mon 10e anniversaire en tant que maman… Comme quoi, les plus grandes passions nous font oublier le temps qui passe…

Il y a 10 ans, à peine étais-tu débarquée dans ma vie, que j’ai dû intégrer quelques nouveaux mots dans mon vocabulaire. Ton prénom. Autant les premiers jours, ma bouche manquait de fluidité quand je le prononçais, autant, dans les 10 dernières années, j’ai dû l’articuler de toutes les façons, avec toutes les intentions influencées par toutes les émotions. Comme l’expression « maman », qui résume aujourd’hui une décennie. Pourtant, quelques mois après ta naissance, j’avais encore peine à me l’approprier, comme si je ne m’accordais pas encore l’honneur de porter ce titre. C’était comme si je parlais d’une autre. Peu à peu, ce mot a pris sa place dans notre relation… dans nos conversations… dans tes demandes, dans mon cœur et dans le tien.

Depuis dix années, la journée de l’amour me rappelle le miracle de la vie. Tu es là bien en chair, grâce à l’amour intime que j’ai partagé avec ton père, grâce à l’amour inconditionnel qui s’est manifesté à ton égard depuis ta naissance, mais également à l’endroit de ma nouvelle famille qui prenait alors racine. Depuis que tu as enchanté ma vie, cette journée de l’amour s’accompagne inévitablement d’une émotion particulière teintée de fierté… tout autant que de peur. Quand on devient maman pour une première fois, la chienne nous prend… Vertige d’un amour plus grand que soi, mais également d’une angoisse que la vie vienne écorcher l’existence de cet amour sans prévenir.

Lors des premières années de ta vie, j’ai trouvé très difficile de m’adapter. Faire passer mes besoins avant ou après les tiens? M’oublier ou me culpabiliser? J’ai parfois pris des décisions que je n’aurais pas acceptées aujourd’hui avec ce que je sais… Je voudrais parfois (souvent) avoir la possibilité de recommencer tout plein d’instants. J’ai enregistré dans ma mémoire d’innombrables tranches de vie qui trainent avec elles des sentiments d’inconfort. Je souhaite que ces situations ne soient pas imprimées dans ta mémoire avec autant d’intensité que l’émotion que je ressens quand elles traversent la mienne…. Tu as été la première et on n’oublie jamais sa première fois… Tu auras été un cobaye. Cette réalité te conduira certainement dans le bureau d’un psychologue, un jour, lorsque tu te rendras compte que je t’ai légué autant de cahot que de beauté…

Avec ta personnalité si différente et cette vulnérabilité si désarmante, j’aurais voulu t’éviter la lourde réalité d’être une aînée… parce que je l’ai vécu et que je sais ce que c’est. Une ainée hypersensible qui plus est. Tout comme moi. C’est bien là mon drame. Je me reconnais en toi et parfois cette ressemblance me confronte dans mes propres peurs, dans mes propres convictions sur la vie que j’apprends doucement à alléger…

10 ans, c’est l’espace de temps entre 30 ans et 40 ans… Dix années que je te vois grandir, que je me vois vieillir… Depuis que tu es arrivée dans ma vie… depuis que je suis devenue ta maman et 2 ans et demi plus tard, celle de ta sœur, je dois t’avouer qu’il y a des matins où je ne me reconnais plus. Quand on est une mère, une femme, une conjointe et une professionnelle à la recherche de la carrière idéale, il y a parfois de ces journées où la vie semble avancer sans nous, où la nuit semble oublier de nous remettre sur pied. Le mot « survivre » fut pour moi le plus approprié des mots pour exprimer à certains moments cette sensation d’être constamment à la quête de mon identité égarée.

Ces mots que j’écris ici, ils te sont adressés… à toi seulement. Ta sœur n’aura peut-être jamais cette attention à son anniversaire… Non pas que je l’aime moins. Ta sœur a eu la chance d’avoir une maman qui avait appris, une maman disponible et à l’écoute des besoins de son bébé tout en assumant les siens.

Depuis 10 ans, tu ne cesses de me faire grandir dans mon rôle de maman, mais surtout en tant qu’être humain unique. Et parce que je t’accompagne au quotidien à croire en ta merveilleuse créativité et à assumer ta grande sensibilité, j’apprends à porter la même indulgence à mon égard et à en cultiver la fierté. Aujourd’hui, tu as 10 ans. À ton rythme, doucement, tu forges les outils de l’adulte que tu deviendras. Aujourd’hui, moi, ta maman, je te fais la promesse de t’accompagner, malgré les vents contraires, à demeurer toi-même, à chérir ton unicité et à aimer chaque parcelle de vie qui germe à l’intérieur de toi.

Par Martine Ouellet, lectrice Je veux TOUT

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