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Dans ma pratique en thérapie avec le cheval et dans mon cercle d’amis, je croise bon nombre de jeunes femmes tiraillées entre le désir d’avoir un enfant et la peur que cela chamboule tout dans leur vie.

Si chaque situation est a priori unique, je vois beaucoup de similitudes entre ces jeunes femmes. Elles ont toutes : une belle carrière, un amoureux, des amies hors pair ;), elles font attention à leur santé, ont entendu parler de l’importance d’avoir des économies, sont investies dans des démarches de développement personnel, etc. Bref, quand elles voient leur vie, elles croient qu’il n’y a pas de place pour un bébé. C’est peut-être vrai. Mon idée n’est pas de convaincre, mais d’apporter un témoignage de ce que j’ai personnellement vécu en traversant l’autre monde, celui des mamans. Un peu comme si je vous envoyais une carte postale d’un autre pays en vous confiant mes constats tirés de mon carnet de voyage.

Alors, mettons-nous en contexte, j’ai 30 ans et j’ai tout pour être heureuse. Une profession qui m’apporte beaucoup de satisfaction et de gratification à l’université, une deuxième maîtrise en counseling que j’ai fait au départ « pour le plaisir » d’étudier et de me développer. Et dans le désordre un Haflinger (cheval) extraordinaire, des amies irrésistibles, un chat qui me regarde comme si j’étais une déesse, un budget resto épatant, patati patata vous avez compris … J’ai aussi un amoureux parfait pour moi. Il prend soin de lui, il m’écoute, il médite, il cuisine, etc. Même ses défauts que je n’énumérerai pas ici me convenaient parfaitement!

Puis, je me suis mariée, et LA question s’est posée. Rationnellement, je me disais que « cela » ne rentrerait jamais dans mon emploi du temps. Mais au fond de moi, je savais qu’il y avait quelqu’un qui attendait après nous pour descendre de son étoile et venir vivre à Cap-Rouge. Je suis tombée enceinte et j’ai fait une fausse couche, qui a vraiment été salutaire pour moi. Elle m’a montré que j’avais bien raison : je n’étais vraiment pas prête à être maman! Cette fausse couche par contre m’a aidée à y voir plus clair, comprendre des choses, grandir. Elle m’a permis de revoir mes priorités en me montrant la fragilité de la vie et m’a aussi montré que je n’étais pas aussi toute puissante que prévu! Un constat intéressant non? Un peu mieux préparée, un peu plus grandie par l’expérience, un peu plus humble par rapport à Dame nature, je suis retombée enceinte.

Pendait 9 mois, j’ai profité de chaque instant de ma grossesse en me disant qu’ils étaient mes derniers instants de liberté avant de « rentrer au couvent »; c’était mon expression. Je pensais en effet perdre ma vie sociale avec mes amies cool, pour ne parler alors que bavoir avec d’autres mamans et perdre toute ma liberté en devant incarner la mère italienne dévouée corps et âme à son enfant.

Et puis, j’ai eu Sofia!

D’abord, un constat, j’étais tout étonnée de me sentir la même personne. À part mes kilos en trop, je ne me sentais pas changée d’un poil! Whaou! C’était tellement un constat béni que je me faisais la remarque plusieurs fois par jour en me retournant vers moi-même (ô joie !).

Aussi, connaissez-vous l’adage « si vous voulez que quelque chose soit fait, donnez-le à quelqu’un déjà occupé »? Et bien il se vérifie ici pleinement. Oui, manifestement, en rajoutant un nouveau rôle à sa vie, il y a beaucoup plus de choses à faire, mais ce n’est pas au détriment de tout le reste, car j’étais beaucoup plus efficace, beaucoup plus organisée et surtout j’étais beaucoup plus encline à mettre mes limites pour dire non, stop, à tous ces grugeurs d’énergie du quotidien.

Mais mon plus grand constat a été de voir, de comprendre, et d’expérimenter que l’on peut être une mère et quand même penser à soi, se faire passer en premier une bonne partie du temps. Depuis que Sofia est là – et bien sincèrement, c’est comme si elle avait été toujours là -, je sens que je n’ai plus de temps à perdre dans rien, alors je me donne encore plus à fond dans ma carrière, dans ma relation avec mes amies, dans ma pratique de méditation, dans tout. En fait, je peux même dire que je n’ai jamais fait autant de choses pour moi, et par ricochet pour elle, pour qu’elle ait le modèle d’une mère épanouie. Au final, je peux donc dire que même si je pensais avoir tout, ce « tout » n’était pas aussi complet que maintenant. Il m’a montré qu’il pouvait grandir et surtout s’approfondir encore, toujours et encore. Un peu comme l’univers.

 

Par Marie-Ève Lécine
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